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Roubaix, la ville text’style.

Petit à petit, cette ville industrielle du nord de la France, qui fut un jour, capitale mondiale du textile, reprend un souffle nouveau. Soutenue par la volonté de changement de toute une industrie, Roubaix est en passe de devenir l’emblème de la « slow fashion » à la française plus durable et plus sociale aussi.

Raven, de la série Phénomène Raven, disant "Bonjour"
Source : Giphy

Roubaix a la fibre familiale.

Sans se perdre dans les archives de la ville, bien que très bien conservées, il semblerait que l’histoire textile de la ville remonte à 1469. Rien que ça. A l’époque, Roubaix et sa voisine lilloise se disputent non pas des champs d’orge mais la production de draps en laine de haute-qualité. Roubaix, alors petite ville du nord, s’enrichit et multiplie la construction d’usines, facilement reconnaissables par leurs cheminées dont les ruines subsistent encore aujourd’hui. Une poignée de familles comme les Mulliez, les Desurmont ou encore les Motte-Bossut les transforment en vraies mines d’or, ou plutôt de fils. Arrive ensuite la révolution industrielle du XIXème siècle, qui vient optimiser le rendement des machines et augmenter leur cadence. Une période faste malheureusement rattrapée par une dure réalité politico-économique. 

Après deux guerres mondiales et une première crise économique survenue en 1929, Roubaix a évidemment du mal à se reconstruire. Il faudra attendre 30 ans pour qu’une lueur d’espoir se distingue dans cette région alors dévastée par le chômage. Mais inspirée par des modes de consommation venant des Etats-Unis, la ville voit apparaître de nouveaux secteurs économiques : la vente par correspondance et la grande distribution. Quelques années après avoir investi dans les filatures de laine, c’est le tournant que prend la famille Mulliez, aujourd’hui à la tête d’un des groupes les plus puissants au monde.

Roubaix, une ville en pleine reconversion.

Malgré cette réussite, qui se distingue comme l’exception et non la règle, rien ne semble réellement faire barrage aux flots de délocalisations des années 80. A cette période, certaines entreprises, voire beaucoup, décident de fermer leurs usines sur le territoire national au profit d’une main d’œuvre moins coûteuse située dans des pays en développement comme la Pologne, la Chine ou encore la Tunisie. Cette politique, facilitée par l’ouverture des frontières et des échanges européens et internationaux, se poursuit jusque dans les années 2000 avec le départ de marques d’électroménager comme Moulinex, Tefal ou encore Rowenta,…

Tentant par tous les moyens de se réinventer, pendant que l’industrie textile semble connaître ses dernières heures, Roubaix, éternelle optimiste, décide de se recentrer sur l’éducation et la culture. La journaliste Céline Cabourg l’explique très bien, dans son article récemment paru dans le ELLE : « Roubaix devient le conservatoire de la mémoire textile ». Ainsi, dès la fin des années 90, l’ancienne usine Roussel devient un studio de danse et la piscine municipale le musée d’Art et d’Industrie. L’Esmod, célèbre école de mode, y ouvre aussi une antenne, attirant des jeunes de toute la région, assoiffés de créations.

Image d'archive de la ville de Roubaix
Photo : La voix du nord

Roubaix, victime de son succès.

Depuis, grâce à la volonté de nombreux entrepreneurs et d’hommes politiques comme Arnaud Montebourg, le Made In France retrouve, peu à peu, ses lettres de noblesse. Après les délocalisations, place aux relocalisations et à des chaînes de productions locales, sociales et durables. En France entre 2005 et 2013, 107 cas de reprises d’activités d’entreprises ont été officiellement recensées parmi lesquelles Rossignol, Mauboussin ou encore Solex. En 2017, pour la première fois depuis trop longtemps, elle a même réussi à créer des emplois. C’est donc l’occasion idéale pour Roubaix de relancer la machine de ses savoir-faire textiles avant qu’il ne soit trop tard et qu’ils ne se meurent ou qu’ils s’en aillent en retraite.

L’écosystème propre à la ville se reconstruit, consolidé par des projets innovants et ambitieux tels que l’incubateur d’e-commerce Blanchemaille, le Centre Européen des Textiles Innovants ou encore le laboratoire Fashion Cube imaginé par le groupe Happy Chic (Pimkie, Bizzbee, Jules,…). Son but ? Favoriser le passage à une mode à l’impact positif en explorant les divers concepts du zero waste, du découpage 3D limitant les chutes de tissus, de l’upcycling et même de la seconde main.

S’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir avant de redresser totalement la ville, sclérosée par 11,40% de chômage, le confinement a été, étonnement, pour Roubaix, une période de renaissance. Dès le début du mois de mars, elle a vu naître le projet Résilience dont le souhait était de rouvrir les ateliers de la ville pour les mettre au service de la confection de masques en tissu. Cette envie s’est rapidement concrétisée entraînant l’embauche d’une centaine de personnes en formation ou d’insertion. Aujourd’hui, plus que jamais, l’ensemble de l’équipe travaille activement pour une mode relocalisée et inclusive. Après avoir perfectionné ses techniques grâce à la confection de masques, l’atelier étend sa gamme de production avec des bonnets pour l’enseigne Decathon, des Tote bags pour Bas&h, de l’upcycling pour la marque Jules et surtout des t-shirts blancs. Ils sont pour lui un vecteur de formation, de montée en compétence, d’une nouvelle histoire professionnelle. 

Entre culture et textile, Roubaix semble retrouver une nouvelle personnalité, plus déterminée que jamais à faire valoir son artisanat, son patrimoine et son aura.

Homme disant "very, very underrated"
Source : Giphy

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